Retrouvez l’intégralité de l’intervention d’Éric Andrieu au nom de la Commission de l’Agriculture du Parlement européen, lors du sommet européen des Ministres de l’Agriculture sur l’avenir de la PAC du 2 septembre 2016 à Chambord.

 

Monsieur Le Ministre français de l’Agriculture, Stephane, cher hôte,

Mesdames et Messieurs les Ministres de l’Agriculture,

Mesdames Messieurs,

Mes premiers mots, et ça ne vous étonnera pas, vous seront adressés, Monsieur le Ministre Français de l’agriculture. Je voudrais au nom du Président de la Commission de l’Agriculture du Parlement Européen, Monsieur Sierkierski vous remercier d’avoir organisé ces journées d’échange et d’avoir invité le Parlement européen à se joindre à ce débat fondamental qui engage des réflexions sur l’avenir de la politique agricole commune.

Dans cette période de crises multiples que connaît l’Europe, le Parlement européen salue cette heureuse initiative qui devrait nous permettre, dans ce format, des échanges libres et fructueux. Il est en effet indispensable, je le crois, de refonder la PAC, de la relégitimer dans le cadre d’un projet européen, politique et cohérent. Les agriculteurs britanniques, et vous y avez fait référence nous l’ont dit avec force il y a quelques mois et nous ne pouvons pas rester sourd à cet avertissement!

La trop grande volatilité des prix et le dysfonctionnement des marchés, la chute des revenus des agriculteurs, la relégation des territoires ruraux, la complexité de la PAC et de son application, mais aussi la dégradation des sols et des écosystèmes; le changement climatique, les problèmes nutritionnels et de santé liés à l’alimentation…

Je vous épargnerai toutes les critiques dont la PAC a pu faire l’objet ces trois dernières années par les agriculteurs mais aussi par les citoyens. Et ce, malgré les réformes apportées et auxquelles nous, parlementaires européens, en qualité de co-législateurs, avons également contribué.

La PAC actuelle ne satisfait ni les agriculteurs, ni les organisations environnementales, ni les citoyens qui sont également contribuables.

La Politique agricole est la première politique européenne, l’une des plus abouties et surtout l’une des plus concrètes pour les citoyens européens. C’est aussi une de celles qui est le plus doté dans le budget européen et il est fondamental qu’elle soit irréprochable car une PAC qui a perdu sa crédibilité, ne peut que nuire au projet politique de l’UE.

Ce qui apparait comme une évidence, c’est que la PAC de demain devra en tout état de cause préserver son caractère commun.

Je veux ici nous mettre en garde contre les tentations de renationnalisation de la politique agricole commune et de replis sur soi qui seraient dévastateurs pour l’avenir de l’agriculture et pour le projet européen dans son ensemble, comme nous l’avons vu récemment avec la crise du lait. Je pense qu’il nous faut être attentif à ne pas confondre subsidiarité et renationalisation!

Nous sommes aujourd’hui face à de nouveaux défis : défi alimentaire, défi environnemental, défi du changement climatique, défi des territoires.

Pour répondre à ces défis nous devons proposer une nouvelle stratégie européenne au service d’un modèle de développement durable fondé sur la diversité des exploitations agricoles.

Notre réflexion devra mettre un accent particulier sur le dysfonctionnement des marchés et la volatilité des prix, à l’origine des nombreuses crises que traverse l’agriculture européenne aujourd’hui. Il est, à cet égard, indispensable de réintroduire dans la PAC des outils de régulation des marchés agricoles et je dis bien des outils au pluriel car aucun outil pris individuellement ne saurait suffire.

Par ailleurs, il est fondamental de replacer la question de l’emploi au sein de la politique agricole commune. Pour ce faire, il est urgent de mettre en œuvre une stratégie globale de renouvellement des générations en favorisant l’accès des jeunes générations aux métiers de l’agriculture. L’enjeu n’est pas mince : il s’agit de maintenir des agriculteurs partout sur le territoire européen afin de maintenir nos campagnes vivantes.

Nous ne pourrons pas faire l’économie d’un nouveau pacte entre la société et l’agriculture afin que la PAC redevienne une politique publique au service de tous. Celle-ci devra être réexaminée à la lumière des enjeux stratégiques du XXIe siècle, à commencer par celui que j’appelle le « bien-être humain ». Pour nourrir de façon saine et durable nos concitoyens, une double adaptation, des régimes alimentaires, d’une part, et des systèmes de production agricole, d’autre part, est nécessaire.

Le Parlement prépare d’ores et déjà la PAC de l’après 2020. Sa commission agricole conduit des réflexions sur l’amélioration du fonctionnement de la PAC et sur son avenir et nombre de rapports d’initiatives ont déjà été commis :   rapport sur l’avenir du secteur laitier; sur les fruits et légumes; sur l’innovation; sur les solutions techniques; sur les pratiques commerciales déloyales; sur la volatilité; sur l’emploi en milieu rural ou encore sur la concurrence et je pense qu’il y a bon nombre d’éléments à prendre en considération dans ces travaux. Je vous en recommande une saine lecture!

Je pense, pour clore mon propos que c’est ensemble que nous sortirons de l’impasse dans laquelle s’est engagée l’Europe. Ne nous négligeons pas, ne nous méprisons pas! Apprenons à nous écouter, à nous accepter dans nos rôles respectifs, à nous comprendre car l’objectif est commun. Seule une PAC renouvelée permettra une réconciliation de l’agriculture et de la société, de l’Europe et de ses concitoyens et des agriculteurs entre eux ! Je vous remercie.