Avec mes collègues du Parlement européen nous avons adressé une lettre au Commissaire européen de l’Agriculture, afin de l’alerter sur la situation alarmante que connait la filière française et européenne de l’horticulture ornementale, frappée de plein fouet par les mesures visant à lutter contre le COVID-19. À défaut de mesures exceptionnelles, de très nombreux emplois seront perdus et des activités essentielles tant sur les plans économique qu’environnemental seront trop durement frappées.

 

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Mr Janusz Wojciechowski
Commissioner for Agriculture
European Commission
Rue de la Loi 200
B-1049 Brussels
April 27, 2020

 

Monsieur le Commissaire,

Comme vous l’avez reconnu plus d’une fois, le secteur européen des fleurs et plantes vivantes (fleurs coupées, plantes d’intérieur et d’extérieur à usage ornemental et bulbes) a été le plus durement touché par la crise exceptionnelle issue de la COVID-19.

Le secteur dans son ensemble a subi depuis la mi-mars un effondrement spectaculaire et direct de la demande et de la consommation dans la plupart des États membres de l’UE et au niveau international avec la fermeture à grande échelle de tous les magasins, l’abandon des canaux de vente et la perturbation de la distribution ainsi que l’annulation des festivités et des célébrations liées aux fleurs, la fermeture des industries de l’accueil et la paralysie des services de jardinage dans les espaces publics et privés.

L’effet « domino » qui s’est produit depuis la mi-mars et qui se poursuit encore sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement amène l’ensemble du secteur au bord de l’effondrement total dans l’UE et au-delà, avec d’immenses ramifications en termes de faillite d’entreprises et d’emplois connexes dans toute la chaîne d’approvisionnement (élevage, production, commerce de gros, commerce, canaux de distribution et magasins de détail).

Le printemps (de mars à mai) est la période où l’essentiel du chiffre d’affaires est réalisé au sein du secteur. Ces produits hautement périssables reposent sur un cycle naturel des plantes qui ne peut être interrompu pendant la crise actuelle ; cela a déclenché depuis la mi-mars l’inévitable destruction de la production et des stocks à une échelle massive dans toute l’UE et au-delà.

La viabilité et la survie de l’ensemble du secteur ornemental dans l’UE, ainsi que de tous les emplois et entreprises connexes, sont désormais en jeu. Ce secteur n’a jamais bénéficié d’aucun type de soutien de la PAC et a toujours fonctionné comme un secteur purement axé sur le marché, dans les conditions les plus compétitives. Sa contribution socio-économique dans l’UE et au niveau international est immense.

Les fleurs et les plantes vivantes ont un potentiel énorme pour contribuer à la réalisation des ambitions globales du « Green Deal » de l’UE en rendant les villes plus vertes et en compensant les effets du changement climatique. Elles contribuent également à la qualité de vie et à un mode de vie sain pour les citoyens de l’UE, y compris la santé mentale, et à la cohérence sociale entre les générations.

Bien que deux États membres aient récemment annoncé un programme de soutien spécifique au secteur ornemental dans leur pays, les opérateurs de chaque État membre auront besoin des différents segments de la chaîne d’approvisionnement dans l’UE, ainsi que des structures de marché existantes dans chaque pays pour fonctionner à nouveau après la crise afin que ce secteur se rétablisse.

Le marché de l’UE a besoin de producteurs des Pays-Bas et de Belgique, mais aussi de producteurs d’Espagne, de France, d’Italie, du Danemark, d’Allemagne et d’autres États membres. Les grossistes et les magasins spécialisés (fleuristes et jardineries) sont nécessaires dans tous les pays de l’UE pour distribuer et vendre des produits d’ornement afin que l’ensemble de l’industrie européenne de l’ornement puisse survivre. La consommation de fleurs et de plantes vivantes produites dans l’UE est destinée à 85% au marché intérieur de l’UE.

Un soutien financier européen accru à ce secteur est donc hautement nécessaire et devrait aller bien au-delà du soutien national que certains États membres pourront allouer au cas par cas. La Commission européenne doit agir maintenant et devrait activer dès que possible les instruments juridiques actuellement disponibles au titre, par exemple, de l’article 221 du règlement OCM pour la mise en œuvre de mesures exceptionnelles.

En outre, comme nous l’avons fait pour d’autres secteurs, nous demandons instamment à la Commission d’être plus ambitieuse et pragmatique dans son soutien et d’accorder une priorité élevée à l’allocation de fonds en dehors du budget de la PAC pour faire face à la crise actuelle dans le secteur des fleurs et des plantes vivantes. Des circonstances exceptionnelles appellent des mesures exceptionnelles et la Commission européenne devrait faire tout son possible pour mettre rapidement en place des options de soutien urgentes et sur mesure afin d’offrir une bouée de sauvetage à ce secteur.

En tant que membres du Parlement européen, nous considérons qu’il est du devoir de la Commission européenne de ne pas abandonner ce secteur européen hautement interdépendant et très performant et d’y investir dès que possible.

Ce n’est qu’ainsi que la plupart des 760 000 emplois seront sauvés et que le chiffre d’affaires de 48 milliards d’euros, que ce secteur économiquement sain ajoute normalement à l’économie de l’UE chaque année, sera en partie garanti.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Commissaire, l’expression de nos sentiments distingués.