Le vote sur la réautorisation de l’herbicide décrié a été une nouvelle fois repoussé. Tandis que les lobbys des pesticides accroissent leur pression sur la Commission européenne, des plaintes en justice s’abattent sur la firme Monsanto.

Le glyphosate grippe la machine institutionnelle européenne. Pour la troisième fois, le vote sur la réautorisation de ce désherbant pour dix ans, qui devait avoir lieu jeudi et vendredi, a été repoussé, au 23 octobre. Ce principe actif rentre dans la composition de 178 pesticides autorisés en France, dont le fameux Roundup de Monsanto, l’herbicide le plus utilisé au monde.

Pour la Commission européenne, ce report est un énième échec dans sa bataille pour faire réautoriser ce produit pourtant considéré, depuis 2015, comme «cancérigène probable» et génotoxique (qui modifie l’ADN) par l’OMS. Selon des documents internes auxquels Libération a eu accès – grâce à une requête de documents auprès de la Commission de l’ONG Corporate Europe Observatory -, Monsanto a menacé, le 24 mai 2016, d’attaquer en justice le Commissariat européen à la santé et à la sécurité alimentaire si l’autorisation de vente du glyphosate sur dix ans n’était pas votée dans les délais impartis. La firme se dit prête à exiger des compensations «pour les préjudices imminents sérieux et irrévocables».

Neuf jours après avoir reçu cette lettre, plusieurs représentants de cette instance, dont le commissaire lui-même, Vytenis Andriukaitis, organisaient, le 2 juin 2016, une réunion avec des dirigeants de la Copa-Cogeca, le principal lobby agricole européen, ainsi que des «représentants des syndicats agricoles français, britanniques, danois et finlandais». Les membres de la Commission reprochent alors «l’absence relative du point de vue des agriculteurs dans le débat public et le manque d’efforts de mobilisation». Ils leur demandent de «concentrer leur communication» sur les gouvernements les plus récalcitrants à voter la réautorisation.

Contactée par Libération, la Commission se défend en invoquant «le droit des Etats membres et des citoyens à être correctement informés […] sur les conclusions de l’Efsa [Autorité européenne de sécurité des aliments, ndlr] […] selon laquelle le glyphosate ne devrait pas être classé comme cancérigène.» Mais les résultats de cette agence ont été récemment mis en cause. L’Efsa a basé ses conclusions sur un rapport du BFR, l’institut fédéral allemand sur l’évaluation des risques, qui est «scientifiquement inexact», assure Helmut Burtscher, de l’ONG autrichienne Global 2 000. Mi-septembre, il est apparu qu’une grande partie du rapport du BFR était un copié-collé d’une étude du lobby des pesticides. «Ils ont copié les études, mais aussi les interprétations de ces résultats faites par l’industrie», assure le biochimiste, dont l’ONG s’apprête à porter plainte contre le BFR.

Jeudi dernier, pour la première fois, les leaders du Parlement européen ont décidé d’interdire l’entrée de leurs bâtiments aux représentants de Monsanto. La Belgique, de son côté, a montré qu’elle s’apprêtait à voter contre la réautorisation du glyphosate, avec la France, Malte et possiblement l’Autriche et l’Italie, après que la firme américaine l’a attaquée en justice, devant son propre Conseil d’Etat, fin août. L’étau se resserre sur la multinationale alors que les actions en justice, aux Etats-Unis, comme en Europe, se multiplient à son encontre. «Nos enfants nous jugeront si on ne fait rien», assure l’eurodéputé PS Eric Andrieu, qui demande l’ouverture d’une commission d’enquête au niveau européen.

 

 

Source : Libération