Cette semaine, je débattais avec Nicolas Hulot, Benoit Biteau, Olivier Deschutter et de nombreux experts sur le rapport : “Comment protéger nos agriculteurs et l’environnement ? Un règlement pour stopper l’importation d’aliments issus de pratiques interdites en Europe”.

Nous nous rejoignons sur de nombreux points, l’un d’entre eux est qu’il faut réformer les règles de l’OMC.  L’esprit dans lequel les règles de l’OMC en matière agricole ont été arrêtées en 1994, il fallait à l’époque empêcher les États d’agir pour laisser s’opérer le jeu des marchés. Le problème c’est que les marchés sont structurellement instables : du coup tout le programme élaboré à cette époque et qui consistait à « découpler les aides » pour les supprimer à voler en éclat ! Et 30 ans après, nous Européens on continue à suivre un logiciel périmé, que toutes les autres puissances agricoles ont arrêtées. Bref, on est le seul à avoir des aides à l’hectare, découplées, c’est à dire versées que les prix soient hauts ou bas, et peu importe le mode de production. C’est absurde, si on veut accompagner les agriculteurs il faut redonner une capacité d’orientation aux budgets agricoles européens. Mais, voilà les règles actuelles de l’OMC nous sont tellement favorables qu’on préfère jouer les bons élèves plutôt que d’être force propositions pour les améliorer.  

Dans le rapport que je vous mets en lien ci-dessous, on constate ce que je constate également chaque jour au niveau du Parlement européen : nos débats en matière agricole et environnementale sont le plus souvent surdéterminés par des règles du commerce international défini dans les années 1990. Ce n’est plus possible : le commerce n’est pas une fin en soi. Il faut inverser la hiérarchie des valeurs : protéger la vie doit passer avant les intérêts mercantiles d’une minorité. Ce n’est pas du protectionnisme, c’est juste un besoin de cohérence dans nos politiques : on ne peut pas d’un côté élever nos standards, et de l’autre importer des produits qui ne respectent pas nos standards. Mais j’aurais tendance à être optimiste, en effet, le constat de l’impasse de l’OMC est maintenant largement partagé, et c’est une excellente chose que les ONG et les citoyens s’emparent de ce sujet pour nourrir le débat et faire aboutir des changements concrets.

 

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