La Commission agriculture (Comagri) du Parlement européen a validé, le 5 novembre, un accord signé, cet été, entre Bruxelles et Washington, renforçant les importations de bœuf américain. Le parlement européen devrait confirmer cette décision en séance plénière, regrette Eric Andrieu, eurodéputé socialiste français.

« Alors que Trump taxe nos vins, nos fromages, les Européens augmentent les quotas d’importation de bœuf américain… » Spécialiste des questions agricoles, l’eurodéputé socialiste français, Éric Andrieu, se dit « stupéfait » par cette décision. Le 5 novembre, la Commission agriculture (Comagri) du Parlement européen, a voté largement (33 pour, 7 contre, 3 abstentions) en faveur d’un accord conclu cet été, entre Bruxelles et Washington, allouant une quote-part de 35 000 tonnes au bœuf américain (contre 12 000 tonnes actuellement) sur un total de 45 000 tonnes d’importations dans l’UE.

Ce bœuf américain, de « haute qualité », est garanti sans hormones. « Impossible à contrôler », estime le vice-président du groupe S&D (socialistes et démocrates). L’accord reste suspendu à un feu vert définitif du Parlement européen, lors d’une séance plénière, mais « la probabilité d’une approbation est forte », regrette Éric Andrieu. « Les producteurs de viande bovine, qui sont positionnés en France sur des modèles extensifs, ne sont pas défendus par Bruxelles à cause de sa vision très libérale en matière agricole. Nous sommes en train de sacrifier nos territoires ruraux. »
Des traités de libre-échange avec le Canada (Ceta) ; l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay (Mercosur) favorisent d’autres importations de viande bovine au sein du vieux Continent en abaissant les droits de douane. Et le « Brexit » n’arrange pas les affaires des éleveurs continentaux, le Royaume-Uni absorbant à lui seul la moitié de la viande bovine des pays tiers.
Le scandale du bœuf aux hormones

En augmentant les importations de bœuf américain, l’UE pense solder un contentieux vieux de trente ans. En 1988, à la suite du scandale du bœuf aux hormones, Bruxelles avait interdit l’importation de viande bovine « piquée » aux hormones de croissance. Les Etats-Unis avaient répliqué en « taxant » des produits du terroir comme le roquefort ou le foie gras.
Les sanctions avaient été levées en 2009 au terme d’un compromis, amendé en 2014, l’Europe s’engageant à accepter un quota de bœuf étranger de « haute qualité », garanti sans hormones. Mais ce quota avait surtout été utilisé par les pays d’Amérique du sud et l’Australie au point que l’administration Obama avait menacé l’Europe de nouvelles taxes douanières. La récente renégociation du mémorandum a conforté les exportations américaines au détriment des autres fournisseurs. « Mais les pays du Mercosur ont obtenu des engagements dans le cadre des traités commerciaux bilatéraux. Et l’Australie est en train de négocier, elle aussi », rappelle Eric Andrieu.

Les tensions ne sont pas éteintes pour autant avec les États-Unis. Après l’échec du Tafta, le traité de libre-échange transatlantique, le Conseil européen a mandaté, en avril, la Commission pour négocier un accord commercial avec les États-Unis. Sans y inclure l’agriculture. Mais Donald Trump fait pression pour que les produits agricoles y figurent…

 

Source : Article Ouest-France